Une entreprise assurée en multirisque professionnelle croit son outil de production couvert. Dans la plupart des cas, il ne l'est qu'à moitié — et la moitié manquante est précisément celle qui se produit le plus souvent.
La distinction tient en une phrase : la multirisque couvre ce qui arrive à la machine, le bris de machines couvre ce qui arrive dans la machine.
Deux garanties, deux origines de dommage
| Multirisque professionnelle | Bris de machines | |
|---|---|---|
| Origine du dommage | Externe | Interne |
| Exemples couverts | Incendie, dégât des eaux, tempête, grêle, vol, foudre, chute d'objet | Erreur de conduite, court-circuit, surtension, corps étranger, défaut de matière, rupture, explosion interne |
| Panne mécanique ou électrique | ❌ Non couverte | ✅ Couverte |
| Perte d'exploitation associée | Incluse si dommage matériel garanti | Extension à souscrire séparément |
| Base d'indemnisation | Selon contrat | Valeur à neuf ou valeur d'usage — clause à négocier |
Une moissonneuse dont le moteur casse en pleine récolte, un compresseur qui grille, un automate détruit par une surtension, un centre d'usinage endommagé par une erreur de programmation : aucun de ces sinistres ne relève de la multirisque. Ils sont tous d'origine interne.
Quels équipements sont concernés
Le bris de machines s'applique à tout matériel dont la défaillance interne représente un enjeu financier significatif :
- Machines de production : lignes de conditionnement, presses, tours et centres d'usinage, machines à commande numérique, équipements de découpe.
- Matériel agricole automoteur : moissonneuses-batteuses, ensileuses, tracteurs de forte puissance, pulvérisateurs automoteurs. Sur ces engins, un sinistre moteur ou transmission se compte facilement en dizaines de milliers d'euros.
- Engins de chantier et de manutention : pelles, chariots élévateurs, nacelles, grues.
- Utilités et équipements techniques : groupes froid, compresseurs, chaudières industrielles, groupes électrogènes, ascenseurs.
- Informatique industrielle : serveurs, automates, systèmes de supervision, matériel de mesure et de contrôle.
Les cinq clauses qui font la valeur du contrat
- Valeur à neuf ou valeur d'usage. C'est la clause qui pèse le plus. En valeur d'usage, une machine de dix ans est indemnisée après application d'une vétusté qui rend le remplacement impossible. Recherchez une valeur à neuf, ou à défaut une vétusté plafonnée à 25 ou 30 %.
- La perte d'exploitation consécutive. Sans cette extension, l'immobilisation n'est pas indemnisée. C'est pourtant elle qui coûte le plus cher sur une machine critique.
- Les frais supplémentaires. Location d'un matériel de remplacement, transport express d'une pièce, intervention en heures non ouvrées, recours à un sous-traitant : ces postes doivent être couverts, avec une enveloppe suffisante.
- La franchise. Souvent exprimée en pourcentage de la valeur du matériel, avec un minimum. Sur un équipement de forte valeur, une franchise de 5 % peut représenter plusieurs milliers d'euros et rendre la garantie inopérante sur les sinistres courants.
- Les exclusions d'entretien. La plupart des contrats excluent les dommages résultant d'un défaut d'entretien manifeste ou du non-respect des préconisations du constructeur. Un carnet d'entretien tenu à jour est la meilleure protection contre une discussion en expertise.
Ce qui n'est jamais couvert
Trois catégories restent exclues quel que soit le contrat : l'usure normale et le vieillissement progressif, qui sont des phénomènes certains ; les opérations d'entretien courant, réglages et remplacements programmés ; et les pièces d'usure prises isolément — courroies, filtres, garnitures — sauf lorsqu'elles sont endommagées à l'occasion d'un sinistre garanti touchant l'ensemble.
À noter également : la garantie constructeur et le bris de machines ne se recouvrent pas complètement. La garantie constructeur couvre le vice de fabrication pendant une période limitée ; le bris de machines couvre l'accident d'exploitation, y compris quand il résulte d'une erreur humaine.
Comment évaluer si la garantie est rentable
La méthode est simple et se fait en trois questions. Combien coûterait le remplacement à neuf de votre machine la plus critique ? Combien de jours d'arrêt entraînerait sa défaillance, en tenant compte du délai d'approvisionnement de la pièce ? Quelle marge perdez-vous par jour d'arrêt ?
Le produit de ces deux derniers chiffres, ajouté au coût de remise en état, donne l'exposition réelle. Rapportée à une prime annuelle qui représente généralement un faible pourcentage de la valeur assurée, la décision se prend d'elle-même sur les équipements sans lesquels l'activité s'arrête.